Nous avons 579 invités et aucun membre en ligne

Imprimer

Le planeur et sa pratique dans le contexte du MCCR

(1 - user rating)
Ecrit par Bernard Laplanche dans Planeurs le 23 novembre 2004

1) Le terrain.

Le terrain est situé dans l’axe d’approche du circuit de l’aérodrome de Toussus le Noble (le point « Sierra »). La fréquentation de l’aérodrome est très importante le week-end pour peu que la météo soit favorable. L’approche est parcourue à 300 ou 1000 pieds (100 ou 300m) suivant le type d’avion/hélicoptère. L’aviation légère est absolument prioritaire, d’où la limitation impérative à 100m d’altitude maxi pour nos évolutions et si l’avion ne respecte pas son altitude de vol, c’est le modèle réduit qui doit dégager l’espace.

Le vol planeur est silencieux, on peut le pratiquer à longueur de semaine. Rappelons que le règlement du MCCR, pour cause de nuisance sonore, limite aux Samedi, Dimanche et jours fériés les vols avion/hélico en propulsion thermique.

Le terrain a la caractéristique d’être aligné sur un axe Est-Sud-Est/Ouest-Nord-Ouest. Les vents dominants sont d’Ouest mais fluctuent largement entre Nord-Nord-Est et Sud-Sud-Est. Certains week-end, il est même carrément à l’Est (Attention à l’orage !).

Il a une emprise au sol d’environ 100mx100m, il est de plus en lisière de la forêt sur la droite (environ 100m) et en face (environ 300m).


2) Le domaine de vol.

Le plafond étant limité à 100m, ce n’est pas la peine de penser chercher la super pompe qui va vous permettre de battre des records d’altitude et de distance.

Définitivement : on vole DEVANT et encore, 2000m plus loin on trouve des habitations ; à DROITE et à GAUCHE les limites sont la visibilité ; DERRIERE c’est INTERDIT et sur l ‘ensemble de la surface jusqu’à une ALTITUDE de 100m.

Ce volume très restreint pour des machines qui ne demandent qu’à flirter avec les limites de la visibilité amène de sérieuses restrictions quant à leur définition.

3) Le décollage.

On est en plaine et au club, il n’existe pas de remorqueur. Il reste 4 solutions :

  • Le lancé main.
  • Le sandow/catapulte.
  • Le treuil motorisé.
  • La motorisation électrique.

Je laisse les sportifs se reconnaître au lancé du javelot ou du marteau. Le treuil motorisé est un investissement lourd qui ne peut être envisagé que dans le cadre d’une activité bien développée. On peut aussi treuiller à la main. Avec une poulie de renvoie, c’est même une formule qui est souvent utilisée en concours. Je voulais dire : on peut aussi FAIRE treuiller à la main par un collègue ! Ben oui, à ce jeu là, il faut être 2.

Reste le sandow et/ou la greffe d’un groupe motopropulseur électrique.

Pour le caoutchouc et suivant sa construction, il a des performances ouvertes et permet de jeter en l’air des machines de types différents.

Il faut distinguer les 2 formules : Sandow ou Catapulte.

  • Le sandow est fait d’une longueur de caoutchouc suivi coté planeur d’une longueur de fil théoriquement de longueur fixe, d’un parachute qui favorise le décrochement et d’un anneau. Le planeur est équipé d’un crochet dans lequel prend l’anneau. Sa position sur le planeur détermine le profil de la montée : plus il est en arrière et plus on peut monter verticalement sans forcer sur la profondeur. En pratique : Le crochet sous le centre de gravité : le planeur monte à la verticale, 10 cm devant : il part à l’horizontale. C’est un réglage important qui sera directement conditionné par l’aptitude de la structure à absorber les efforts générés sur l’aile pendant la montée.

On amarre un bout du caoutchouc au sol, on accroche le planeur à l’autre bout coté fil, le planeur est tenu derrière l’aile et on recule. Quand on sent que tout est prêt à craquer, on s’arrête. Le bras tenant le planeur est levé le plus haut possible et on lâche tout ! On est bien d’accord : vous avez pensé à allumer la radio des 2 cotés, vous avez vérifié le fonctionnement du planeur et qu’il n’y a personne devant. On laisse prendre un peu de vitesse et on contrôle le taux de montée à la profondeur.

La sécurité pour la machine commande de ne pas le laisser embarquer de coté sinon difficile de corriger et le contact avec le sol risque d’être violent : on reste bien à plat et on admire. On en profite pour remarquer qu’en fait le caoutchouc est resté au sol et que seul le fil prend de l’altitude avec le planeur. C’est se qui rend sa longueur importante car elle détermine directement l‘altitude que l’on peut atteindre. Le poids du caoutchouc n’absorbe pas de puissance et n’a donc pas trop d’importance. En fin de détente, le caoutchouc molli, le parachute s’ouvre, le planeur dépasse l’ensemble et se décroche : au pilote de jouer.

  • La catapulte n’est faite pratiquement que du caoutchouc. Le planeur est accroché directement au bout (presque : 20cm à 1m de fil pour la liaison). Sa réponse est très puissante/nerveuse, il n’y a plus la souplesse due à l’allongement du fil de nylon et c’est la prise de vitesse initiale qui va permettre d’acquérir de l’altitude.

En passant et pour les fanas de l’avion électrique, je rappelle que ces machins rament comme des malades pour décoller. J’en connais qui n’hésitent pas à leur coller un crochet et qui les jettent en l’air avec un bout d’élastique !!!

Pourquoi pas essayer cette formule mixte ?

Aujourd’hui, en propulsion électrique, l’offre planeur électrifié est large :

  • Inférieur à 2m : tous (presque) les petits planeurs de début 2 et 3 axes sont proposés avec une motorisation électrique. Economique, sans prétention, cette formule permet d’apprendre, de s’amuser et de découvrir (REdécouvrir) l’aérologie.
  • 2 à 3m : on rentre dans le domaine des planeurs qui ont des caractéristiques très fines et le danger consiste à annuler leur potentiel par un surpoids moteur trop important.

Ils sont de construction bois, composite et mixte. Ils sont nombreux chez les constructeurs de référence : Multiplex, Graupner ou chez les constructeurs de pays émergents (Tchéquie, Vietnam, Chine). Le choix devient difficile car ce sont au départ des planeurs purs qui sont à la recherche de performances : profil, finesse, poids, ...

Il ne faut pas oublier quelques constructeurs nationaux moins connus, issus de la compétition ou du loisir spécifique, qui proposent des machines intéressantes. AEROMOD à Toulouse, AIRTECH à Grenoble, CCM à Alès, SPIRALE à Nicorps ( ?? : 50), TECNIC-AERO à Nerville (95) et Z-SYSTEME à Issoire.

Ce n’est pas de la pub, c’est uniquement pour dire qu’en cherchant un peu, on tombe sur des gens sympas qui proposent des machines intéressantes..

  • Supérieur à 3m : On en trouve quelques uns, auxquels le constructeur a greffé un moteur dans le nez ou sur le dos. Le devis de poids est supérieur à 3kg et on est dans les domaines des composites et des performances maxi et donc des prix qui vont avec !

4) L’atterrissage.

Il faut, là aussi, prendre en compte les caractéristiques du terrain : à gauche le vent, à droite à 100m, des arbres de 20 à 30m de hauteur :

Un planeur qui annonce une finesse de 15 à 20, abordant la finale au ras des arbres et piloté précisément sans prendre de vitesse touchera le sol au milieu de la piste et à la moindre erreur d’appréciation/pilotage ira faire connaissance avec les blés, maïs ou autre saloperie de tournesol (c’est le pire) dans le champ en bout de piste.

Trois solutions :

  • Les systèmes de freinage : aérofreins, volets ou autre butterfly. C’est de la mécanique en plus et il faut des servos pour commander tout ça.
  • Limiter la finesse à la conception : petit planeur léger qui ne prendra pas trop de vitesse avec lequel on pourra gratter dans les bulles ou machine plus pointue, plus rapide et voltigeuse pour s’amuser mais qui reviendra au sol plus facilement.
  • Le freinage aérodynamique. Il ne faut pas rêver, on est là pour apprendre. Mais bon, on peut toujours essayer de jouer de la dérive en finale ou faire des ronds entre les arbres et l’entrée de piste pour perdre de l’altitude et de la vitesse.

5) La définition du planeur.

En utilisant un sandow (ou catapulte), on prend 50/60 m d’altitude et il faut gratter pour rester en l’air. Cela correspond à un petit planeur plutôt fin et léger. Pour rester dans la marque de référence, on peut citer le Dandy ou l’Amigo de Graupner. Le Dandy fait 1.50m pour 500gr. L’Amigo fait 2m. Il sont équipés en 2 axes, attention à les lâcher bien dans l’axe du vent, sinon : « Poireau » !

Pour revenir aux caractéristiques du terrain, la proximité des arbres est vraiment perturbante. Il faut larguer largement au-dessus de la cime pour enfin bénéficier d’une aérologie dénuée des turbulences qu’ils provoquent.


J’ai testé la formule avec une machine d’1.60m pour 1000gr : le Condor de ModelTech.

C’est un planeur 3 axes, aile basse et en flèche. C’est une fusée : décollage, largage à 40m, le temps de faire 2 bases ou 1 base avec un ou deux tonneaux et atterrissage. Durée du vol : 30 secondes au mieux !!


Au delà du Condor, on trouve des petits planeurs nerveux voir des ailes volantes qui ne demande qu’à prendre de la vitesse et à se secouer. Ils ne sont pas fait pour la durée, mais la vitesse, ils connaissent !


Avec un moteur électrique, je suis parti dans un projet de moto-planeur avec CCM.

Mr Girard propose une gamme de planeurs très connus pour leurs caractéristiques vélivoles sur les pentes dans le sud du pays .

L’Esterel : Planeur électrifié 3 axes qui peut être équipé de volets.

  1. Envergure : 2.90m
  2. Profil : MFE205-925
  3. Surface alaire : 52 dm²
  4. Poids planeur : moins de 2000gr
  5. Poids moto-planeur annoncé : 2650gr

Ce qui m’a déterminé dans mon choix, c’est la faible masse du groupe motopropulseur proposé : Moteur SMT 250 avec charbons et réducteur sous 7 éléments NiMh de 2000mA. En consommant 35ampères, il fait tourner une 14x8 à 5500tr/mn.

Evidemment, il ne monte pas comme une fusée, mais est-ce bien nécessaire !

Le kit :

 

Le mien, son équipement motopropulseur :

 

Le seul truc qui m’a embêté dans la solution, c’est que les charbons vont souffrir et polluer l’électronique : attention aux contacts parasites !

J’ai volé avec cet engin tout cet été. Il permet 4 à 5 montées en altitude avec sa motorisation et quand la météo s’y est mise, les vols de 45mn n’étaient par rares . Quel plaisir d’évoluer dans le silence en dehors des sifflements aérodynamiques !

Par contre, on peut vous confirmer avec Vincent qui lui utilise un Solution (Simprop) de taille équivalente que de temps en temps les retours à la planète sont difficiles.

Il faut se présenter au dessus des arbres (la forêt à droite) à plat avec un taux de chute mini et bien vérifier que la vitesse initiale n’est pas trop importante sous peine de voir la machine effacer le terrain sans montrer mine de vouloir se poser !

Mais le plus dur, c’était les jours où le vent entre 11H et 1H (sa direction, pas l’heure de l’apéritif !) nécessitait de revenir en se présentant par l’arrière.

Comme cela n’est pratiquement pas possible pour cause d’interdiction absolue, il a bien fallu apprendre à se poser vent de travers en jouant de la dérive et des ailerons pour compenser.

J’ai eu l’occasion de vérifier que ces machines intéressent du monde :

- Soit il reste un planeur à la cave qu’on ose plus trop sortir faute d’émulation,
- Soit il y a un planeur en projet, mais c’est le projet qui reste à la cave pour la même raison.

Et pourtant, il faut compter aujourd’hui au moins 5 planeurs de plus au MCCR :

Un 2m pur de durée/précision, un 4m motorisé en cours de restauration, un 2m 3 axes motorisé pour le loisir et 2 autres plus petits en 2 axes et motorisés eux aussi pour débuter l’aéromodélisme.

Je pense qu’à Cressely, on peut s’amuser avec un planeur.

Il faut choisir la machine en fonction de :

- son niveau de pilotage :

  • Apprentissage, et oui la formule est très efficace de part la lenteur d’évolution et la douceur des réactions.
  • Confirmé : traque de la bulle, accro, chasse au corbeau...

- du mode de mise en altitude :

  • Sandow. Il y en a un tout neuf qui vous attend dans la cabane et en fin de compte c’est hyper facile. Une fois la machine réglée après les premiers vols, ça décolle sur des rails.
  • Propulsion électrique. En évitant les sirènes des annonceurs et des boutiques spécialisées (dans l’arnaque), on peut faire un ensemble bien adapté.
  • Propulsion thermique. Excusez-moi, j’ai oublié de vous dire que l’année prochaine je devrais présenter un Fournier RF4 au ¼ qui sera (malheureusement) tiré par un 15ccm 4 temps.

- des objectifs d’utilisation en dehors de Cressely :

  • voir plus bas !!

A Cressely, des petits planeurs jusqu’à 2.50m d’envergure plus ou moins électrifiés sont facilement utilisables.

Au-delà, l’augmentation de poids et donc d’inertie (restitution) engendrera des prises de vitesse difficilement compatibles avec les dimensions du domaine de vol.

A 3.00m d’envergure, on doit être à la limite où le pilotage prendra beaucoup d’importance pour assurer la sécurité de tout le monde y compris du planeur.

6) La pratique de l’activité.

Le vol plané est pratiqué simultanément au vol avion et hélicoptère. Durée d’un vol plané :

  • « lancé main » : 3 à 30 secondes
  • petit planeur léger au sandow : 2 à 5mn
  • petit planeur de voltige au sandow : 0.5 à 2mn
  • planeur motorisé avec 3 ou 4 montées motorisées : 10 à 20mn

Je ne veux pas dire que mes collègues qui font du « lancé main » sont des « b... » qui n’y connaissent rien, non. Simplement, il faut remarquer que les vols planés sont de durées inférieures aux vols motorisés avec pour conséquence une répétition des aller-retours pour récupérer l’engin revenu au sol. Comme par hasard ces aller- retours passent systématiquement par la traversée de la piste.

Même si nous n’avons jamais eu d’accident sur le terrain. La pratique (ou le développement de la pratique) du planeur devra passer par un respect renforcé des règles élémentaires de sécurité :

  • Avant de s’engager sur l’aire de vol : vérifier les mouvements d’avion/hélico à l’atterrissage ou au décollage.
  • Annoncer clairement ( dire, brailler, gueuler, ...) aux pilotes son intention de passer sur la piste.
  • Attendre leur acquiescement, au besoin le solliciter.
  • Récupérer son planeur (ou les morceaux) et quitter la zone immédiatement. Je sais, un avion éparpillé dans l’herbe est un spectacle magnifique dont on ne se lasse jamais, mais il faut savoir rendre l’espace aux autres pilotes qui pourraient en avoir besoin.
  • Avant de quitter la zone : vérifier les mouvements d’avion/hélico à l’atterrissage ou au décollage.

Ces spécificités comprises, vous aurez le bonheur de voir les collègues baver en admirant la pureté des trajectoires de votre planeur et en écoutant le sifflement aérodynamique de la machine lancée plein badin au ras du sol.

7) Au-delà.

Nous l’avons vérifié à l’exposition de l’anniversaire du club, on peut avoir envie de faire voler du plus de 3m/3kg. Un superbe Fauvel de 5m blanc et bleu nous a fait écarquiller les yeux.

Il y a différentes façons d’entrevoir un prolongement à l’activité planeur en dehors du terrain de Cressely et donc de faire voler des machines plus grosses :

  • J’ai entendu parler d’une pente à Chateaufort : vérifier la praticabilité.
  • Prendre la voiture et retrouver d’autres planeuristes sur les pentes de Beynes ou des alentours.
  • J’ai aussi choisi de me faire inviter par un copain chez lui en Normandie où il y a de belles pentes. Je vous laisse le soin de faire le tour de vos relations.
  • Les vacances avec un planeur dans le coffre vous permettrons de ne plus avoir à vous casser la tête pour choisir une destination : Direction le Menez Hom en Bretagne. Grand plaisir assuré sur une pente magnifique.
  • On pourrait enfin organiser des sorties en groupe sur des lieux de légende : Macon, le Sancy, la Madeleine... J’ai un souvenir extraordinaire de plaisir aéronautique, de convivialité et accessoirement de bouffe/pinard à des occasions passées dans une vie antérieure.

Bons vols et ne cassez rien.

B.Laplanche

Share